Les jeunes ont testé leurs connaissances sur plus de 500 billes.
Les apprentis forestiers-bûcherons apprennent à valoriser le bois
A Echarlens, les billes en vente lors de la mise de bois de la Gruyère ont servi mercredi de cadre d’apprentissage à un cours pratique pour les apprentis forestiers-bûcherons de première année.
MAUD TORNARE
Alignées le long du chemin, elles s’étendent à perte de vue. Près du stand de tir d’Echarlens, plus de 500 billes sont en vente lors de la 9e mise de bois de la Gruyère qui prendra fin le 6 mars avec leur attribution publique. Organisé par l’association de propriétaires forestiers Forêt Gruyère, l’événement est aussi l’occasion de former la relève.
Mercredi matin, quatorze apprentis forestiers-bûcherons de première année ont participé à un cours pratique sur le site de cette vente de bois de qualité, rare ou précieux. Ils ont été sensibilisés à l’importance du tri et à la valorisation des bois, soit autant d’enjeux cruciaux dans la rémunération de la forêt et de leur future profession.
Essences à reconnaître
Bois de service, d’industrie, bois-énergie et artisanat: les différents canaux d’utilisation du bois sont passés en revue par Alexandre Pipoz, chargé d’affaires chez Forêt Gruyère. «Il faut toujours pouvoir s’imaginer pour quoi va être utilisé un bois», explique le forestier qui animait ce cours avec Yvan Flückiger, professeur de branche pratique à Grangeneuve.
Car un bois bien trié dès le départ, c’est la garantie d’avoir plus d’argent pour l’exploitation de la forêt. «Aujourd’hui, avec les coupes budgétaires, il y a moins de subventions mais le marché des bois progresse et c’est là-dessus que l’on gagne nos salaires», poursuit Alexandre Pipoz.
Lancée en 2018 par deux jeunes forestiers, la mise de bois de la Gruyère a permis de valoriser des bois qui finissaient jusque-là au déchiquetage, faute de débouchés. Scieurs en quête de bois spéciaux et artisans (ébénistes, menuisiers et luthiers) viennent y chercher leur bonheur. «On a commencé avec 118 m3. La prise en charge du transport des bois nous a ensuite permis d’avoir plus de volumes», explique Alexandre Pipoz. Avec 383 m3 en vente cette année, le volume est inférieur à l’an dernier (481 m3).
Pour les apprentis de première année, reconnaître les essences constitue une première étape importante de leur formation. Avec 28 essences différentes, la mise de bois n’a jamais autant présenté de diversité et se révèle être le lieu idéal pour tester leurs connaissances. Dans cette belle palette d’arbres, le frêne représente la moitié du volume, une quantité qui ne désemplit pas depuis neuf ans.
«Est-ce que vous savez pourquoi il y en a autant?» questionne Alexandre Pipoz qui ne tarde pas à recevoir une réponse d’un apprenti. Le responsable est la chalarose, un champignon qui s’attaque aux racines du frêne, le rendant instable et dangereux, et qui donne donc lieu à de nombreuses coupes de sécurité.
« Il faut toujours pouvoir s’imaginer pour quoi va être utilisé un bois »
Alexandre Pipoz·Chargé d’affaires à Forêt Gruyère
Valoriser chaque bois
Savoir définir le volume des bois est un autre aspect important. Mercredi, les apprentis ont pu mettre en pratique cette notion, abordée en cours, lors de plusieurs exercices de cubage. Ils ont mesuré différentes billes, en long et en large, celles présentant des nœuds ou des bosses corsant le calcul.
Les bois sont aussi commercialisés en fonction de dimensions précises, définies dans l’ouvrage et bible en la matière, Usages suisses du commerce du bois brut. La longueur d’une bille est ainsi définie en tenant compte d’une marge spécifique selon qu’il s’agisse d’un feuillu ou d’un résineux. Dans le jargon forestier, on parle de «bois de service sur mesure». «Cela garantit à l’acheteur de pouvoir profiter de la longueur totale du bois qu’il achète», explique Yvan Flückiger aux apprentis.
Pour les forestiers-bûcherons, respecter ces normes, c’est s’assurer de ne pas voir leur bille déclassée en scierie et de ne pas perdre d’argent. «C’est ultra-important», abonde Alexandre Pipoz. Les techniques d’abattage jouent aussi un rôle crucial dans la manière de valoriser une bille et au final sur son prix.
Estimer la valeur
Certains bois peuvent atteindre des sommets. «Il y a deux ans, des érables ondés furent vendus 11 111 francs le m3, pour une valeur de la bille de 24 000 francs», rappelle le chargé d’affaires. Un tel spécimen est également en vente cette année.
Ce type d’arbre est notamment utilisé dans l’industrie du luxe (tableaux de bord de voiture par exemple) et la fabrication d’instruments de musique. Reconnaître les spécificités d’arbres recherchés exige un savoir-faire «qui s’était un peu perdu» chez les professionnels de la forêt, reconnaît Alexandre Pipoz: «Mais nous essayons de redonner ces connaissances.»
Pour chaque essence, les apprentis sont invités à donner leur estimation en matière de volume et de prix. Comptez entre 250 et 300 francs le m3 pour les plus beaux mélèzes. Si certaines essences sont très recherchées, a contrario, il y a aussi les mal-aimés comme le hêtre: «Une belle bille partira à 120 francs le m3», indique le forestier.
«C’était intéressant de voir ce qui se passe après le bûcheronnage et de connaître les prix. Le frêne, j’en coupe tous les jours mais je ne connaissais pas sa valeur», souligne Arnaud Chenaux. A l’issue du cours, les apprentis confiaient aussi avoir apprécié de voir des essences qu’ils ont peu l’occasion de croiser en forêt, tels le noyer ou le merisier.





